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| Mardi 7 septembre 2010
La Corse sauvage Dés l'antiquité, on a vanté la séduction de l'Ile de beauté. Sa remarquable luminosité, ses golfes dentelés, ses forêts et un maquis si impénétrable qu'il donnera son nom aux activités clandestines de la résistance, son air chargé de parfums... Contrairement aux autres îles méditerranéennes, la Corse est riche en étangs côtiers et lacs de montagne. Elle compte aussi un grand nombre de rivières. L'histoire est profondément marquée par une lutte très ancienne pour l'indépendance. La découverte de squelettes à établi que des tribus de bergers habitaient déjà en Corse en 7000 av. J.C. A partir de 3000 av. J.C. se développe la civilisation mégalithique avec des tombes érigées sous formes de dolmens et de menhirs, parfois en groupe alignés.
La préhistoire Il est vraisemblable que l’homme ait pu aborder la Corse lors de la dernière glaciation (entre 90 000 et 10 000 av. JC), en même temps que des animaux qui peuplaient l’Europe occidentale. Il n’y a cependant laissé aucune trace. En fait, c’est à l’aube du néolithique, avec le réchauffement climatique, que l’occupation humaine est attestée dans l’île, notamment depuis la mise à jour d’un squelette féminin, daté de 6 570 av. JC, dans l’extrême sud, « la Dame de Bonifacio ». Les premiers peuplements ont dû emprunter la voie maritime (en passant par l’archipel toscan, distant d’une quarantaine de kilomètres à peine ?). Il s’agit dans un premier temps de populations de chasseurs et de pêcheurs, vivant en bordure littorale dans des abris rocheux et utilisant des outils très grossiers. Ces premiers occupants vont se sédentariser, autour de 3000 av. JC, et pratiquer les premières formes d’élevage et d’agriculture. L’habitat se structure mieux, huttes et cabanes sommaires remplacent les abris sous roche. La céramique « cardiale » (de cardium : coquillage servant par impression à décorer les ustensiles d’argile) cédera la place à des matériels plus évolués. Progressivement la vie communautaire s’organise, surtout à l’âge du bronze (fin du néolithique) et participe, à partir du début du troisième millénaire, à la civilisation mégalithique d’une grande originalité : tombes à coffres (région de Sartène, Porto-Vecchio, Cauria Fontanaccia), « stazzone » ( forges, dolmens), « stantare » (pierres levées, menhirs, alignements). D’abord façonnés grossièrement, les « stantare » prennent une apparence de plus en plus anthropomorphe et certains sont armés (« I Paladini ») dans le Sartenais, le Taravo, la Balagne, le Nebbio, le Niolo, etc. A la même période et toujours dans le sud de l’île, apparaissent les premiers ensembles « cyclopéens » qui donnent naissance à une « civilisation torréenne », plus sommaire que les « nuraghi » de Sardaigne ou les « talayots » des Baléares, mais avec son originalité propre. Centres cultuels, ces ensembles souvent protégés par des murs d’enceinte ou édifiés sur des éperons rocheux, servent de lieux de regroupement des populations (site de Cucuruzzu dans le Sartenais). Notons enfin, que la métallurgie du fer, empruntée sans doute aux indo-européens, est connue en Corse avant l’arrivée des Grecs.
La Corse chrétienne L’origine du Christianisme en Corse remonte au IIIe siècle et cohabite avec d’anciennes croyances païennes ou de nouvelles venues d’Orient. Sa diffusion a bénéficié de la situation de la Corse sur la route maritime des grands échanges qui mène de l’Orient à Rome et vers l’Espagne. L’intérieur sera touché plus tardivement. Les persécutions auxquelles les chrétiens sont en butte de la part du pouvoir impérial n’entament pas la ferveur grandissante de la population pour ce culte. La Corse a ses martyrs, encore honorés de nos jours : Sainte Dévote, Sainte Julie ou Sainte Restitude. Devenue religion officielle au IVe siècle, sous l’empereur Constantin, la Corse compte cinq sièges épiscopaux, tous situés en zone littorale : Ajaccio, Aleria, Mariana, Nebbio et Sagone. Après l’effondrement de l’Empire au Ve siècle, les évêchés insulaires constitueront la seule armature institutionnelle viable, alors même que de nouveaux périls extérieurs menacent la Corse au Moyen Âge.
C’est au VIe siècle av. JC que l’on peut situer l’entrée de la Corse dans l’ère historique avec l’arrivée de populations grecques, plus exactement originaires de Phocée, en Asie Mineure. La Corse est en effet touchée par le large mouvement de colonisation grecque qui s’est développé dans tout le bassin méditerranéen, d’est en ouest. Après avoir fondés Massilia en 600 av. JC, les Phocéens édifient, en 565 av. JC sur un promontoire, à proximité de l’étang de Diana, un relais commercial et une escale entre leurs comptoirs de la Grande Grèce et Massilia, un nouveau comptoir, Alalia (Aleria). Le comptoir servira un peu plus tard de refuge à un grand nombre de Massaliotes fuyant leur cité menacée par les Perses. Ils abandonneront Alalia en 533 av. JC lorsque celle-ci est, à son tour, sous la menace des Etrusques et des Carthaginois, alors alliés. Avec, Alalia, les habitants de l’île (les « Corsi ») entretiennent des rapports pacifiques et s’ouvrent aux influences extérieures. Les Corses s’installent dans la cité et découvrent l’écriture. Les Grecs introduisent la culture de la vigne et de l’olivier. Les forêts sont exploitées ainsi que des mines d’argent ou de cuivre, le sel et les produits de la mer. Les populations avoisinantes fournissent cire, miel et résine. La colonisation grecque restera essentiellement cantonnée dans les zones littorales, à la différence de Rome qui va la supplanter.
Les premières rencontres de la Corse avec Rome se déroulent au cours des guerres puniques, qui débutent en 264 av. JC où une expédition est envoyée pour refouler une récente implantation carthaginoise. Alalia est détruite en 259 av. JC par Cornelius Scipion . A partir de 230 av. J.C., Rome va s’installer plus durablement en Corse. Contrairement à la présence grecque qui a été pacifique, les Romains vont étendre une domination brutale vers l’intérieur et lever de lourds impôts sur des populations dépourvues de richesses. Pendant près d’un siècle, de 238 à 162 av. JC, la Corse est la proie de nombreuses révoltes suivies d’une répression féroce qui la laisse affaiblie : la population est soit décimée (perte démographique estimée au quart de la population vivant dans l’île au cours de cette période), soit réduite en esclavage. Au début de l’Empire, en 121 av. JC, elle est réunie à la Sardaigne pour former une province avec un propréteur placé à sa tête. Si l’influence de Rome rayonne autour des zones littorales où elle s’est d’abord implantée, elle ne pénètre que lentement l’intérieur de l’île. Des terres sont achetées, le plus souvent confisquées, pour installer des vétérans et créer des colonies de peuplement. Une nouvelle Aleria est fondée en 80 av. JC par Sylla avec une population renouvelée. Mariana est fondée en 100 av. JC par Marius, à proximité de l’étang de Biguglia. L’usage du latin se généralise et permet aux Corse d’accéder à des charges municipales. Cependant, la Corse reste pauvre et produit peu (blé, miel, peaux, coquillages et poissons séchés, cire, lièges, bois, résine et poix pour les constructions navales). Aleria est avant tout une base navale, servant de dépôt de matériels et de centre de transit pour les troupes en route pour la Sardaigne ou l’Espagne. Sous Auguste, elle servira de port d’attache des galères. En 6 ap. JC, la Corse est détachée de la Sardaigne et devient province de l’Empereur gouvernée par un préteur. Les populations urbaines sont peu nombreuses et les voies carrossables limitées. La plaine orientale est mise en valeur par de grandes exploitations, sans que l’on puisse véritablement parler de « fundi ». Les populations de l’intérieur pratiquent toujours une agriculture de type sylvo-pastoral. A sa chute, le christianisme prendra naturellement le relais de Rome.
Le moyen âge
Les génois
La Corse appartenait désormais à Gênes en dépit
du Saint Siège qui en 1297 essayait de la lui arracher pour la donner à la
maison d'Aragon. Une révolution se prépare et est sur le point d'éclater
avec à sa tête Sampiero Corso allié aux Français
et aux Turques. Une puissante escadre mi-génoise, mi-espagnole, embarqua
alors la plus forte armée que Gênes est jamais mise en ligne.
Gênes reprit alors le contrôle de l'île. 150 ans de présence génoise
La tête de Maure n’apparaît pour la première fois
qu’en 1281, sur un sceau du roi Pierre III dit le Grand. Elle est quadruple
et entoure une croix.
En novembre 1729, les premières émeutes apparaissent. Pascal Paoli fera son retour en Corse en Juillet 1790. Il sera élu
commandant en chef des gardes nationales Corses et par la suite président
du Conseil général du département. En Décembre, une coalition de Corses exilés, royalistes, Paolistes
et pro-anglais, vont susciter un soulèvement avec l'appui de la Sardaigne
et de la Russie. Après son annexion, la France n'était pas restée inerte. Un gouvernement modéré mais ferme accroît la population et développe l'économie. En 1790, la Corse est organisée sur le modèle des départements français. Les fléaux insulaires (vendetta, divisions, banditisme...) déclinent au début du siècle suivant. Au XIXe siècle, la Corse devient une terre mythique chantée par les écrivains. Moins explosif qu'au temps de la domination génoise, le “ problème corse ” n'a, depuis lors, jamais reçu de vraie solution. Pourtant, les réformes se sont succédées. Le XXème siècle Durant la première guerre mondiale, plus de 12.000 Corses sont morts
pour la France.
En 1949 et 1958, deux plans de mise en valeur économique et agricole sont des échecs. Les Corses, mécontents d'être négligés par la métropole, émigrent en masse vers le continent et l'outre-mer. Ce mécontentement et l'aspiration à l'autonomie augmentent avec l'arrivée de milliers de Français d'Algérie en 1962 : les "pieds noirs" qui s'établissent sur l'île et auxquels le gouvernement accorde d'importantes avantages. Il en résulte des combats sanglants entre la population et la police. En 1970, la région corse est créée. En 1975, deux départements et l'université de Corte sont créés. L’Etat investi massivement mais c’est un échec. Depuis, les événements marquants de la vie politique corse sont très liés aux mouvements indépendantistes. Ce n'est qu'en 1991 que l'Assemble nationale française a reconnu la souveraineté du "peuple corse en tant que membre du peuple français". L'identité de la Corse L’identité corse existe, elle s’appuie sur des fondements
historiques, linguistiques et culturels. Les nationalistes ont été,
toutefois, les premiers à dénoncer sa disparition et à lutter
contre celle-ci. En effet, depuis une trentaine d’années, au terme
d’un long processus, les Corses voient leur identité se dérober,
leur échapper. De fait, même si l’identité corse était
déjà dans la société traditionnelle mouvante et
contrastée, il semble bien qu’il soit toujours plus difficile
de définir une identité corse " une et indivisible ".
La question, insidieuse, s’impose d’ailleurs à beaucoup
d’esprits : " Mais qu’est-ce donc qu’être corse
? ". Est-ce que la façon de vivre son identité ne diffère
pas déjà entre les générations, des plus vieilles
encore ancrées dans une société agro-pastorale, aux plus
jeunes qui méconnaissent bien souvent la langue et pour qui cette société,
coeur et créatrice de l’identité, n’est toujours
plus qu’un lointain souvenir ? Est-on corse de la même manière
selon que l’on ait grandi en Corse ou sur le Continent, selon que l’on
habite en ville ou au village, selon que l’on soit Rmiste ou élève
d’une grande école parisienne ? L’identité corse
est en crise, il nous est sans doute nécessaire, aujourd’hui,
d’en redéfinir les causes et les conséquences. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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